En guise de propos liminaire, Jürgen Stackmann, directeur de la BU ventes, marketing et après-vente et membre du board de Volkswagen, rappelle volontiers que tout en conservant son ancrage dans le produit, la qualité et les technologies, la marque est aujourd’hui inscrite dans « une démarche « customer centric », ce qui passe naturellement par le déploiement de nouveaux services, notamment grâce aux perspectives ouvertes par le digital ». Sur ce dernier point, il ajoute que la simplicité est une vertu cardinale et qu’il n’est donc guère fécond d’empiler les applications les unes sur les autres. Mieux vaut privilégier ce que l’on pourrait appeler un « guichet unique ». Un discours empreint de logique, mais qui rend aussi la tâche des équipes de Volkswagen très ardue. D'où le support d’un plan d’investissement de 3,5 milliards d’euros d’ici 2025 pour développer les compétences et les services numériques.

Un système d'exploitation propriétaire !


Christoph Hartung, responsable Mobilités, Digital et Nouveaux business au sein de Volkswagen, explique alors que la marque travaille sur un nouveau système d'exploitation baptisé "vw.OS", qui sera, dans un premier temps, intégré dans les modèles électriques attendus en 2020 (I.D. sur la nouvelle plateforme MEB). En clair, il s’agit d’un système d’exploitation propriétaire. « Séparer le hardware du software prépare le terrain pour des mises à jour et des améliorations permanentes des véhicules », souligne Christoph Hartung, pointant aussi le processus d’autonomisation des voitures.

Lancement d'une offre d'autopartage électrique à Berlin en 2019


C’est aussi le socle d’un nouvel écosystème de services, baptisé Volkswagen We. Les deux premiers modules de cette offre sont We Park, un système de parking autonome dont les premiers tests menés depuis avril dernier sont concluants, et We Share, une offre d’autopartage électrique que la direction de Volkswagen a officialisé aujourd’hui. Avec une flotte de 1500 e-Golf et de 500 e-up!, Volkswagen déploiera ce service dans la ville de Berlin (Allemagne) au deuxième trimestre de 2019. Jürgen Stackmann a assuré que Berlin était une bonne ville pour débuter, car ses habitants sont déjà familiarisés avec ce type d’offre. D'autres villes allemandes suivront, ainsi qu’en Europe et aux Etats-Unis. Condition requise : avoir a minima un million d’habitants, autant dire que le potentiel est large. Reste à savoir comment Volkswagen compte parvenir à la rentabilité là où tous les autres ont échoué… D'abord en misant une grande disponibilité des véhicules en free-floating, ensuite, en s’appuyant sur un réseau de bornes indépendant mais en lien avec la ville et enfin, en optant pour un pricing très agressif afin d’assurer le taux d’utilisation optimal de la flotte. « Mais par rapport à la concurrence, nous préférons apporter toutes les précisions utiles le plus tard possible », glisse Christoph Hartung.

Vers de nouveaux business modèles


Au-delà de ces premières offres, d’autres services sont déjà bien avancés et officialisés. On peut citer We Deliver, non sans un clin d’œil à Amazon de Jürgen Stackmann, ou encore We Experience et We Charge. « A partir de 2020, tous les véhicules que nous vendrons seront connectés et nous avons d’ores et déjà une solution de retrofit pour les modèles plus anciens (Volkswagen Connect). Par la suite, nous laisserons au client le choix de savoir quel niveau de connectivité il souhaite, pour les mises à jour comme pour les services. Il y aura plusieurs possibilités, We Connect Plus, dans une veine premium, We Connect Fleet pour les flottes, We Connect Go pour le VO, etc. Cette transformation qui s’accompagnera d’une montée en puissance de nos ventes de véhicules électrifiés implique un changement de business modèle. Et si nous voulons garder la main sur la plateforme, nous savons que nous devons être ouverts à de nouveaux types de partenariats et à l’intégration de services ou de solutions développés par des tiers extérieurs. Nous annoncerons donc prochainement des JV, des collaborations, voire des acquisitions », expliquent de concert Chritoph Hartung, Jürgen Stackmann et Michael Jost, directeur de la stratégie de la marque.

Le parfum du modèle Apple...


Notons encore que Volkswagen possède le lead au sein du groupe pour le développement de la plateforme ODP (One Digital Platform, qui utilise les avancées du cloud), à laquelle se rattacheront toutes les autres marques. Une plateforme globale mais qui reste configurable en front-office selon les spécificités de chaque grand marché mondial et surtout, qui reste personnalisable pour chaque client. En clair, le modèle d’Apple n’est pas très éloigné… Et Jürgen Stackmann de conclure : « Ce projet correspond aussi à des changements considérables au sein de l’entreprise, mais aussi dans nos business modèles futurs et dans la chaîne historique constructeurs/filiales et importateurs/concessionnaires. Nous sommes convaincus que le lien physique va demeurer, mais les distributeurs vont devoir aussi apprendre à vendre de nouvelles choses, car nous sommes dans des cercles de services, qui ne se cantonnent plus à la seule voiture ».